• AnneSophie Berard

L'URGENCE DE L'ART

Une place à créer est une courte série vidéo documentaire, conçue et réalisée par AnneSophie Bérard/Brèches, afin de donner la parole à des étudiant·e·s en Arts Plastiques.


Cette série est constituée de 5 épisodes thématiques explorant les désirs, les incertitudes et les convictions de cette génération d'artistes en devenir. Dans le premier épisode La place de l'art, ces étudiant·e·s nous racontent ce qui motive leur pratique de l'art :



Je me souviens encore de ce mélange d'étonnement et d'incompréhension dans le regard de mes interlocuteurs, lorsque j'annonçais que je faisais une école d'arts plastiques. La même question finissait toujours par tomber : "Des études d'arts ? Mais pour faire quel métier ?"


C'était une bonne question. D'ailleurs, je n'avais pas vraiment de réponses. Pourtant, désormais que je peux me retourner sur mon parcours, je suis absolument convaincue d'avoir fait le bon choix ; car c'est en école d'arts que j'ai appris à considérer l'imaginaire comme un talent digne d'intérêt, les voies de traverses comme des routes désirables et le monde entier comme une matière transformable. Or, ces trois piliers-là sont devenus mon ciment.


Face à la crise que nous traversons actuellement, je me suis demandée si l'on pouvait encore décider de faire des études d'arts. Si l'on pouvait encore prendre le risque de l'imaginaire alors que le contexte nous rappelle sans cesse à la peur et que l'enseignement scolaire vise à supprimer, insidieusement mais sûrement, les matières artistiques de son programme. Si l'on pouvait encore trouver un sens, une détermination, un désir à faire de l'art coûte que coûte, tandis que les musées restent fermés et que la culture se bat péniblement pour être reconnue comme quelque chose d'essentiel.


C'est pour cela que j'ai voulu entendre des étudiant·e·s en arts plastiques témoigner : je voulais entendre leurs motivations, leurs désirs, leurs doutes. J'ai donc choisi une classe que je connaissais déjà (pour y être intervenue quelques mois auparavant dans le cadre d'un workshop) et puis, je les ai écoutés.


Neuf d'entre eux m'ont ainsi raconté à quel point l'art comptait pour eux, pour la société, pour leurs rêves. Ils m'ont aussi raconté comment le contexte du Covid les transformait, et comment ils s'efforçaient de faire de cette transformation une matière à création. En les écoutant, je pensais à l'essai Ci-gît l'amer de la philosophe Cynthia Fleury, qui évoque de façon si juste la nécessité de la sublimation : sublimer le ressentiment pour parvenir à avancer, progresser, continuer. Sans tout à fait le savoir, ces étudiant·e·s étaient exactement à cet endroit-là, au cœur de cette vérité.


Malgré la diversité de leurs caractères, de leurs travaux, de leurs histoires, toutes et tous se sont accordés sur un point : l'art reste un socle fondamental et nécessaire à notre société. Je crois que c'est important de faire entendre cette conviction-là, de la partager au maximum. D'abord, parce que ces étudiant·e·s ont l'audace de faire ce qu'ils veulent, et non ce qu'on leur impose. Ensuite, parce qu'ils rappellent que l'art est une méthode de pensée qui mérite d'être apprise et expérimentée autant que les autres Sciences. Enfin parce que, du haut de leurs dix-huit ans, ces futurs artistes apprennent à penser, inventer, essayer, persévérer et ainsi, développent les plus belles capacités pour imaginer ce qui n'existent pas encore.


J'espère que cette brèche et ce premier épisode vous auront intéressés !


Dans le prochain épisode vidéo, qui sera publié la semaine prochaine, nos protagonistes nous raconteront comment l'art est entré dans leur vie... pour ne plus jamais les quitter, malgré les doutes !


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