• AnneSophie Berard

CULTIVER L'ESSENTIEL


Je dois, tu dois, nous devons. Terrible devoir logé dans les moindres espaces de nos vies. A peine les yeux ouverts que déjà, les obligations encombrent notre esprit. Des horaires, des urgences, des priorités. Bientôt il n'y a plus de place, plus d'air, plus de choix. Nous voilà tassé·es à l'intérieur de nous-mêmes, en attendant la prochaine respiration.


En secret, je me mets à rêver de journées différentes. Elles débuteraient, systématiquement, par un temps de culture. Des images ou des mots, du fixe ou du mouvement, des sons ou des silences, qu'importe pourvu que l'on y découvre quelque chose qui nous avait jusqu'alors échappé.


Sans résistance, nous plongeons dedans. Nous nous y engouffrons entièrement et, lorsque nous relevons la tête avec un air éberlué, nous ne sommes plus tout à fait en mesure de dire ni l'heure qu'il est, ni le temps qu'il fait. Peut-être même avons-nous manqué quelque chose d'important : un rendez-vous, un gâteau, des notifications… Face à la puissance d'une œuvre, tous ces impératifs se révèlent d'une suprême fadeur.


Je nous imagine, après cela, capables de mieux nous rejoindre, de mieux nous écouter. Nous abandonnons les discussions de l'ordinaire, les "salut ça va" auxquels on ne répond pas, les "t'as fait quoi hier" dont on ne se souvient pas, afin de nous concentrer sur les partages essentiels : ceux-là qui déverrouillent les serrures, qui fabriquent les chemins, qui dirigent nos évasions.


C'est ce miracle poétique que nous proposent les artistes Adrien M & Claire B dans leur ouvrage de réalité augmentée "La traversée du miroir". Dix pages illustrées au sein desquelles naissent dix chorégraphies dessinées. On s'émerveille comme si nous étions face à un magicien. Les dessins prennent vie, s'invitant entre nos meubles et nos imaginaires et faisant du rêve de et de la poésie les espaces indispensables à la beauté de notre monde.


Pour découvrir, en un bref aperçu, l'univers protéiforme et enchanteur de ces deux artistes, accordez vous quelques minutes pour regarder la vidéo ci-dessous :


Les plus curieuses et curieux se raviront de cette autre vidéo, témoignant de la diversité d'exploration de ces artistes. Nous retrouvons le même désir de réunir un langage numérique, un langage dansé et un langage dessiné à l'intérieur d'un même projet, mais il s'agit cette fois d'une performance saisissante, se déroulant dans un cube d'images en mouvement. Le titre de cette œuvre,"Hakanai", définit en japonais l'impermanence des choses, leur évanescence et leur fragilité… Il ne reste plus qu'à s'en émerveiller :



J'espère que ces partages vous auront plus. Les amatrices et amateurs pourront même s'offrir le privilège d'en rapporter un petit bout à leur domicile, en achetant le livre complet Acqua Alta ou le dessin unique ici.


En vous souhaitant une journée poétique,

A bientôt pour d'autres brèches !


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