• AnneSophie Berard

L'ART DU CONFINEMENT

Mis à jour : mai 26

Chaque semaine, une oeuvre d'art qui nous éclaire sur ce confinement que nous vivons séparés, mais ensemble : solidarité, solitude, responsabilité, peur, introspection, partage, rêves... Au fil des ressentis et des jours qui passent.


09.05.20 (jour 53) : Ensemble.

Nous allons bientôt nous retrouver et nous avons hâte. Bien sûr, l'application des gestes-barrières transformera notre façon d'être ensemble mais ne soyons pas inquiets de cela : inventer est notre talent. Les contraintes ont toujours fait naître des nouveaux usages et nos désirs apprendront à s'adapter. Qu'importe les distances : nous apprendrons à nous embrasser avec les yeux !


Non, le danger n'est pas dans nos retrouvailles. Il est ailleurs, bien tapi au fond de notre mémoire et prêt à recouvrir de noir ce que nous avions pourtant vu : c'est l'oubli. Le coupable des maux qui, sans cesse, se reproduisent. Alors, cette fois, tâchons de nous souvenir.


Souvenons-nous de nos changements désirables. Souvenons-nous de nos pensées solidaires. Souvenons-nous de nos efforts communs et de ce sentiment si vif et si puissant que nous sommes un tout, un ensemble fragile et commun dont nous devons prendre soin. Sortons, promenons-nous, retrouvons-nous ; mais tâchons de rester éveillé·es pour ne pas nous empresser de retomber à l'endroit même de nos précédentes chutes. Il suffit de garder les yeux grand ouverts et d'écouter, attentivement, notre humanisme.

Jenny Holzer, Protect me from what I want

02.05.20 (jour 47) : Debout.

S'appliquer à devenir ce que l'on pourrait être. Refuser toute docilité. Résister aux injonctions réfutables. Trouver la force, le chemin ; le courage. Accepter le temps. Les doutes. Les risques. Se lever, toutes et tous, ensemble, dans un même élan. Partir en quête, sans relâche. Se serrer les un·es contre les autres pour que personne ne tombe. Rester debout et ne plus jamais s’asseoir.

Mary Sibande, I refuse to decline

25.05.20 (jour 40) : Les dessous

Partir en quête de ce qui se niche dans les profondeurs, là où les racines prennent ancrage. Ne pas se laisser séduire par les surfaces qui s'offrent à nous, là, juste sous nos yeux, sans effort. Oublier les ordonnances hiérarchisées selon des critères qui ne nous ont jamais appartenu. Trouver, dans la poussée d'une mauvaise herbe, le modèle de la liberté. Laisser jaillir. Faire de notre nature le miroir de notre humanité. Cessez l'éloge de la beauté des roses au profit de celle de la diversité. Penser, dès lors que nous acceptons cette vérité, à tous les chemins que nous pouvons soudain emprunter.


Lois Weinberger, Holding the earth

18.04.20 (jour 33) : Doutes

Il y a ces jours où nous trouvons l'espoir dans les arcs-en-ciels sur nos vitres, dans le vacarme tu des boulevards et les innombrables élans solidaires qui jaillissent de toute part. Et puis il y a ces jours où une autre vérité prend le dessus pour nous assommer. Certaines nouvelles sont des massues, nous réduisant au statut d'enfants crédules barbouillant de rêves un monde voué à nous échapper. Le premier sentiment, face à ces coups d'éponge passés sur la table de nos efforts, est celui de l'indignation. Mais la force des enfants est justement de savoir rester concentrés sur ce qui leur semble essentiel, fut-ce un grain de poussière. Alors, imitons-les. De là naîtra notre plus grande puissance : l'obstination.


Mark Jenkins, Sunny day

11.04.20 (jour 26) : Espoir

Chaque matin, il s'agit donc de faire cet effort : trouver une parcelle d'extérieur à ramener à l'intérieur de soi. Un rayon de soleil qui illumine notre pièce. Une mésange que l'on entend chanter. Un souvenir qui, le temps d'une fulgurante pensée, nous propulse à l'autre bout du monde.

Cet extérieur, bien sûr, a des allures de mirage. On le maudit de ne pas nous envahir tout à fait et de rester pour quelques temps encore, enraciné de l'autre côté de notre fenêtre. Pourtant, face à ce décor, nous venons de gagner un privilège : celui de la distance. Loin des tumultes et des urgences, nous découvrons un monde capable d'autres choses. Les utopies fusent, les idées osent et au fil des jours et des partages, se façonne doucement l'espoir d'une nouvelle histoire à bâtir ensemble.


Latifa Echakhch, La dépossession

04.04.20 (jour 19) : Inventions


- Tu sais ce que j'ai fait ce matin ?

- Non, dis-moi ?

- J'ai marché cinq kilomètres en tournant en rond dans mon jardin !

- Génial !


C'est aussi ça, le confinement : ce besoin incontrôlable de relever des nouveaux exploits. Confiné·es dans nos salons, nous nous prenons à trouver des idées que nous n'aurions jamais eues dans d'autres circonstances. Nous sommes tellement content·es d'annoncer à nos ami·es nos dernières trouvailles ! Marathon dans le salon, symphonie de Beethoven sur des casseroles, sculptures de nos enfants en boîtes d’œufs recyclées, cours de crawl en ligne, journal intime partagé, muffins aux restes de soupe... Mais en vérité, notre joie ne provient pas de l'exploit en lui-même. Non. Elle provient de la promesse, tellement plus puissante, qui se niche à l'intérieur de chacune de nos idées : la promesse de notre intarissable capacité à nous émerveiller.


@Erwin Wurm, One minute sculpture

28.03.20 (jour 12) : Conditions


Ce matin, nous savons que le confinement sera prolongé. Derrière nos fenêtres, nous jouons du mieux que nous pouvons avec les cartes de nos désirs. Mais pour façonner un confinement propice à nos enfants, à nos passions enfouies, à nous-mêmes, encore faut-il avoir le privilège du temps, de l'espace, des ressources. Le privilège, en somme, de l'horizon.


Elmgreen & Dragset, The Future.

23.03.20 (jour 7) : Introspection


Lundi, deuxième semaine. A la maison, les premiers rituels s'installent. On prend si vite de nouvelles habitudes. Par la fenêtre, on ne s'étonne plus ni du calme des rues, ni de cette interminable file d'attente pour aller faire nos courses. Et grâce à d’innombrables rendez-vous virtuels, toujours plus inventifs les uns que les autres, on se prend même à chercher, dans le confinement, les traits d'un camarade que l'on pourrait apprendre à aimer, bon gré mal gré.


René Maltête, Les échecs

21.03.20 (jour 05) : Obsession


Pour l'instant, nous comblons nos heures d'activités, d'idées, d'échanges et de lectures. Mais, chaque jour passant, il sera de plus en plus difficile de ne pas être absorbé.es tout entièr.es par ce temps suspendu. De ne pas penser sans cesse à ceux dont nous sommes séparé.es et à ceux que l'on sait en danger. Alors, pourtant, malgré l'évidente épaisseur des murs, il faudra continuer, vaille que vaille, à trouver où que l'on peut des fenêtres pour des nouvelles promesses.


"Emotion contenue", une oeuvre de Marie-Ange Guillemenot

"Emotion contenue", une oeuvre de Marie-Ange Guillemenot.

19.03.20 (jour 3) : Solidarité


Ce soir, à 20 heures, les applaudissements ont surgi d'un peu partout autour de chez nous pour rendre hommage au personnel soignant. J'espère que demain, nous serons plus nombreux encore. Je trouve, dans cet élan, l'expression de notre solitude en en même temps que celle de notre solidarité et il me semble que, de l'autre côté de chaque fenêtre, nous pouvons nous entendre et nous comprendre d'une façon nouvelle.


Michael Wolf, Window Watching

17.03.20 (jour 1) : Liens


Ce matin, j'envoie des mots. A ma mère, mon père, mon frère, ma sœur, mes ami.es. Nous partageons des idées, des rires, des images, dont cette si jolie valse d'un couple italien sur son balcon. La puissance qui émerge de chacun de nos messages, sachant que pour un moment, nous ne pourrons plus si facilement nous embrasser, m'émeut profondément. Car quoiqu'il se passe demain, il restera toujours cela : l'imprévisible beauté de ce qui nous lie.


Marina Abramovic, The artist is present

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