• AnneSophie Berard

QUESTIONS DE VOCATION

Une place à créer est une courte série vidéo documentaire de 5 épisodes, conçue et réalisée par AnneSophie Bérard (Brèches), afin de donner la parole à des étudiant·e·s en Arts Plastiques et, ainsi, de faire entendre les incertitudes et les convictions de cette génération d'artistes en devenir.


Dans le deuxième épisode, Trouver sa place, neuf étudiant·e·s parlent de leur rencontre avec l'Art, ainsi que des espoirs et des incertitudes qu'une telle formation soulève:



A l'origine, la vocation a un sens religieux puisqu'il s'agit, dans la Bible, d'un Appel particulier venant de Dieu. Quelque chose, donc, qui nous choisit sans qu'on le veuille forcément et que l'on doit accomplir, malgré tout.


Peu à peu, ce terme a intégré notre langage courant, si bien que l'on parle désormais volontiers de vocation professionnelle mais, même dans cet usage, on retrouve l'idée d'un chemin que l'on ne peut éviter tant il est fait pour nous, tant nous sommes doué·e·s pour cela. Cette idée de vocation est très présente dans le milieu artistique : on aime cultiver l'image de l'artiste-génie, né·e avec un pinceau dans la main et l'inspiration dans l'autre... Mais est-ce bien réel ?


Dans cet épisode, neuf étudiant·e·s en Arts Plastiques racontent comment l'Art est entré dans leur vie. Elles/ils évoquent tour à tour l'enfance, la culture, la nécessité, le hasard, l'éducation... Certains élèves témoignent même d'un processus de reconversion, et ce malgré leur jeune âge (rappelons qu'elles/ils ont entre 18 et 20 ans). Bref, les routes ne sont pas si droites.

En revanche, nous pouvons relever un point commun indéniable entre toutes et tous, c'est ce désir de s'exprimer et de considérer ce désir comme quelque chose de valable. Si bien qu'à force de les écouter, j'ai fini par me dire que c'était cela en fait, leur véritable talent : non pas une quelconque aptitude à manier un crayon mais bien, et avant tout, une soif d'expression.


Durant nos échanges, plusieurs étudiant·e·s ont aussi évoqué des craintes par rapport à leur avenir. Etre artiste, est-ce vraiment un métier, se demandent-elles/ils. Je comprends leurs doutes car c'est un fait, elles/ils ne vivront pas tous de leurs créations. La vie est faite de mouvements complexes et contradictoires, d'impératifs qui nous dépassent et de conjonctures parfois impossibles à dénouer. Malgré tout, je reste intimement convaincue que ce n'est pas là l'essentiel. Qu'importe que, plus tard, elles/ils soient de ceux qui sont reconnu·e·s ou de ceux qui scindent leur vie en deux, avec le recto remplissant les poches et le verso ravissant les cœurs.


Ce qui me semble compter véritablement, c'est qu'en se formant à l'art, ils auront appris à fabriquer des rêves, à prendre soin de leur part créative et à écouter l'imaginaire comme un levier d'action concret sur leur propre réalité. "Notre compétence onirique", comme la nomme si justement l'historienne Sophie Wahnich durant son entretien avec Brune Bottero pour le podcast Emotions. Elles/ils auront compris que leur créativité peut s'emporter, se cultiver, se perdre et se retrouver, se partager, s'apprendre et surtout, servir à quelque chose. En somme, illes/ils auront compris la valeur inestimable d'un processus créatif pour aller vers l'impossible, l'inconnu, l'impensable, l'inexistant et en ce sens, la formation en arts continue de m'apparaitre comme l'une des formations les plus sérieuses, les plus raisonnables et les plus prometteuses qu'il soit.


J'espère que cette brèche et ce deuxième épisode vous auront intéressés !


Dans le prochain épisode vidéo, qui sera publié la semaine prochaine, nos protagonistes raconteront les liens qui se tissent -volontairement ou non- entre le monde qui les entoure et leur pratique artistique. Une occasion idéale pour donner à voir un aperçu de leurs univers créatifs et de leurs travaux en cours.


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