• AnneSophie Berard

POLITIQUEMENT INTIME 1/3


Être victime de moqueries. Ne pas oser répondre. Apprendre à se taire. Ne plus savoir ce qu’on pourrait faire. S’isoler. Apprendre à faire avec. Bafouer ses droits. Interdire ses désirs. Ne plus savoir qui l’on est. Oublier son identité. Accepter que ce soit ainsi. Se perdre complètement. Transmettre.


C’est cet enchaînement d’actes et de pensées que je déroule intérieurement lorsque je pense au titre que nous avons donné à cette exposition : Politiquement intime. Il s’agit en quelque sorte d’un mouvement : celui qui prend racine dans les choses de la vie privée que notre corps peut subir (un tabou, une souffrance, une ignorance…) et qui mène finalement aux conditionnements corporels et psychologiques de nos sociétés. Cela me semble être exactement l’enjeu du Care : parvenir à se soucier de la source des choses, dans toute leur imperceptibilité, afin de mieux les identifier et ainsi, mieux les comprendre.




L'exposition Politiquement Intime est le premier rendez-vous d'un cycle de cinq expositions conçu pour The Caring Gallery. Accueillie au 66 rue Charlot du 04 au 15 avril 2022, elle réunit une dizaine d'artistes qui explorent, chacun dans un langage singulier, les enjeux politiques contenus dans nos identités corporelles et je suis infiniment fière, et heureuse, d'en assurer le commissariat.


L'œuvre Les soucis de l'artiste céramiste franco-suisse Carole Chebron est en quelque sorte le point de départ de l'exposition : une sculpture de pieds embarrassés, évoquant les charges intérieures qui nous immobilisent. Au premier abord, elle pourrait sembler cantonnée à la sphère privée : qu'y a-t-il de politique à éprouver un malaise ?


Pourtant, cette simple posture engage une relation entière avec le reste du monde, une posture que nous partageons, que nous connaissons et que, bien sûr, nous subissons... Mais quand a-t-on oublié que nous étions inévitablement fragiles et faillibles ? Pourquoi la conquête est-elle encore synonyme de réussite, alors que l'on sait éminemment ce que cela coûte et ce que cela engendre ?


Il me semble que, si on accepte de s'y attarder un peu, notre vision du monde se joue à l'intérieur même de ces petits pieds tracassés. Pourquoi craint-on d'avancer ? Qu'est-ce qui nous résiste, qu'est-ce qui nous freine, qu'est-ce qui nous fait honte ? Quand apparaissent les prémices d'une posture qui deviendra une identité, un statut, un rôle ? Est-ce véritablement un simple sujet personnel ? La société ne gagnerait-elle pas à considérer ces freins et ces fragilités en tant que sujet sociologique, collectif et philosophique ?

Depuis quelques temps, ce mouvement trouve un chemin. Nous parvenons chaque jour un peu plus à nous emparer de notre intimité la plus profonde afin de la brandir en tant que cause fondamentale. Il faut continuer d'oser, continuer de dire, continuer de faire savoir. Chaque aveu, chaque masque qui tombe, chaque vulnérabilité partagée est un pas dans la marche du monde.


J'espère que ce premier post autour de l'exposition Politiquement Intime vous aura intéressé ! Deux autres suivront dans les semaines à venir, afin de présenter le reste des artistes exposés et des thématiques abordées.


A bientôt pour d'autres brèches !


Politiquement Intime,

Une exposition The Caring Gallery

en partenariat avec la Fondation Médecins du Monde

Artistes présentés : Carole Chebron, Fatimah Hossaini, Keyezua, Kubra Kahdemi, Fabien Mérelle, Louise Oligny, Clementine du Pontavice, Martin Parr, Eléa Jeanne Schmitter


Du 04 au 15 avril 2022

66 rue Charlot 75003 Paris

Entrée libre



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